Une chronique de François Brousseau publié dans le Devoir. Le Québec est à l'image du monde ces temps-ci! Aux prises lui aussi avec les grands commis-voyageurs de l'économie mondiale qui ne pensent qu'à maintenir à flot un bateau qui prend l'eau de partout.
Tout est dans tout
François Brousseau 27 juin 2011 Actualités internationales
«Tout est dans tout»: jamais cette formule un peu simpliste n'aura été aussi vérifiée dans les faits. Voyons plutôt quelques grands titres de l'actualité internationale:
•L'OTAN se retrouve peut-être à l'agonie après les interventions de Libye et d'Afghanistan, alors que le secrétaire sortant à la Défense des États-Unis, Robert Gates, exhorte en vain les Européens à dépenser davantage pour leur sécurité... sans quoi, laisse-t-il entendre, l'Alliance atlantique vit peut-être ses derniers moments.
•Le premier ministre grec, Georges Papandréou, se met à genoux devant ses pairs à Bruxelles, quémandant une seconde tranche de 110 milliards d'euros et promettant que «les Grecs vont changer». Pendant ce temps, des publications comme Focus (Allemagne) et Le Nouvel Observateur (France) commencent à esquisser la nécrologie de l'euro, cette monnaie commune dont on avait pensé qu'elle rapprocherait les peuples et garantirait la prospérité.
•Les indignados envahissent les rues de Madrid, de Barcelone et d'Athènes — et peut-être bientôt celles de Lisbonne, de Londres ou de Paris —, aiguillonnés par la baisse du niveau de vie et l'absence désespérante de perspectives. Ils dénoncent aussi des élites déconnectées et leurs mesures d'austérité draconiennes qui, à Athènes mais aussi à Londres et à Dublin, ne semblent pas avoir l'effet escompté sur une reprise bien hypothétique.
•Des vagues de réfugiés en Méditerranée, fuyant un monde arabe en convulsions, viennent cogner à la porte de l'Europe. Une Europe frappée d'épouvante, économiquement à bout, tentée de leur dire: «Non! C'est assez! Restez là où vous êtes!» Résultat direct ou indirect: des dizaines, et peut-être des centaines de malheureux se sont noyés en haute mer.
•Corollaire logique: une remontée de l'extrême droite xénophobe et une hostilité croissante à l'immigration, avec Marine Le Pen qui caracole en France, et le Danemark qui rétablit ses contrôles douaniers... contre la lettre et l'esprit des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes.
Voilà un enchevêtrement de troubles et de malaises — européens, mais aux causes et aux répercussions mondiales — qui ont en commun d'être tous intimement reliés les uns aux autres. Une seule grande crise, en somme...
***
L'OTAN, qui se demande avec angoisse si les avions Rafale et Super-Étendard au-dessus de la Libye auront assez de munitions pour passer l'été, est une victime collatérale de la crise fiscale et budgétaire qui — au-delà de la Grèce et de l'Irlande — touche l'Europe tout entière.
Alors que les Occidentaux en armes voient cruellement les limites de leur pouvoir en Afghanistan et en Libye (où ils ne sont même pas capables de donner le coup de grâce à un dictateur d'opérette), il n'est absolument pas question, comme le souhaiterait Washington, que les Européens doublent leurs budgets de défense. Ils n'ont plus d'argent... et surtout pas pour ça! Robert Gates le sait: d'où ses propos extraordinairement francs et pessimistes sur l'avenir de l'OTAN.
Les manifestants dans les rues d'Espagne et d'ailleurs, enivrés par leurs slogans solidaires, que disent-ils aux malheureux qui arrivent aux portes de l'Europe? «Allez, entrez en masse et alourdissons encore les déficits qui nous étranglent déjà?» Pas sûr...
Les analystes espagnols ont d'abord étiqueté à gauche le mouvement des indignados... mais d'autres y détectent maintenant certains éléments de populisme de droite, alors que le ressac anti-immigration est fort en Espagne. Un pays où l'on présentait, au milieu des années 2000, l'immigration de masse comme «nécessaire... et nécessairement bonne». L'Europe, convertie tardivement à cette idéologie et à cette pratique venues du monde anglo-saxon, est aujourd'hui en proie à des révisions déchirantes.
***
Oui, «tout est dans tout»: même l'affaire Dominique Strauss-Kahn a un rapport avec ce qui précède. Qui voit-on s'y affronter? Le puissant et la prolétaire: lui, ex-acteur central de cette «restructuration» mondiale dont tout le monde parle; elle, pauvre immigrée économique d'un petit pays d'Afrique. Et puis les avocats du puissant (DSK le «socialiste») essaient perfidement de déterminer si elle n'était pas... illégale à son entrée aux États-Unis! Crise économique, immigration, sexe, lutte de classes: tout y est.
Et n'oublions pas, pour finir, la tournée, cette semaine — de Budapest à Londres, en passant bien sûr par Athènes — de l'«oncle riche» d'Asie, le premier ministre chinois Wen Jiabao. À la rescousse des infrastructures et des «dettes souveraines» d'Europe, qui en ont bien besoin! Armé de son chéquier... et du slogan «Comment se faire des amis».
***
François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.
Notre premier commis-voyageur québécois est lui aussi en tournée européenne cette semaine, pour faire miroiter aux yeux des investisseurs européens les richesses de NOTRE grand nord québécois....
Aucun message portant le libellé Journalisme. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Journalisme. Afficher tous les messages
lundi 27 juin 2011
mardi 10 mai 2011
...Un article de Hervé Kempf du journal "Le Monde"!
Encourageante cette réflexion d'un cousin français sur la situation au Québec.
Alerte au Québec
Amiante, uranium, gaz de schiste, pétrole en mer, centrale nucléaire, mines, nouvelles routes : un seul de ces dossiers suffirait à déclencher l'inquiétude des écologistes. Le Québec les affronte tous à la fois, assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l'abri de la recherche du profit.
La bataille principale concerne l'exploration des gaz de schiste : elle est engagée depuis plus d'un an, et s'est épanouie en une forte mobilisation. Cela a conduit à un rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement recommandant la plus grande prudence. Mais le moratoire n'est pas encore acquis. Dans le golfe du Saint-Laurent, par ailleurs, l'inquiétude grandit à mesure que se multiplient les projets d'exploration de pétrole sous-marin.
La marée noire du golfe du Mexique, début 2010, a rappelé le désastre que peut provoquer le pétrole, d'autant plus préoccupant dans le Saint-Laurent que les eaux y sont froides, et que la décomposition des hydrocarbures s'y ferait très lentement. La Coalition Saint-Laurent s'est formée pour empêcher que le moratoire sur l'exploitation pétrolière, décidé en 1998, soit levé en 2012.
On a aussi appris, le 13 avril, que le gouvernement dirigé par Jean Charest soutenait la réouverture de la mine d'amiante situé dans la ville d'Asbestos. La fibre mortelle serait exportée en Inde. Les projets d'ouverture de mines d'uranium s'esquissent par ailleurs, certains avec la compagnie Areva. Le gouvernement veut de plus prolonger l'exploitation du réacteur nucléaire Gentilly II, qui applique la technologie Candu, particulièrement dangereuse. Le 9 mai, Jean Charest devait aussi annoncer une nouvelle mouture de son "Plan Nord", visant à développer l'exploitation minière, les barrages et les routes dans le nord de la province.
Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l'environnement. Mais on ne connaît pas d'autres lieux où elle soit aussi concentrée qu'au Québec - dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d'intérêts et de financement du parti au pouvoir. Et pourtant, répètent ici écologistes et chercheurs, des alternatives existent, dans la sobriété, l'efficacité énergétique et un fort potentiel d'énergies nouvelles.
En fait, comme l'écrivent les activistes qui commenceront, le 15 mai à Rimouski, une marche de protestation à destination de Montréal, "un combat est engagé entre les énergies du passé et celles de l'avenir. Entre les fossiles et les vivants. Osons le dire : entre la vie et la mort".
(Le Monde, édition du 11 mai 2011)
Alerte au Québec
Amiante, uranium, gaz de schiste, pétrole en mer, centrale nucléaire, mines, nouvelles routes : un seul de ces dossiers suffirait à déclencher l'inquiétude des écologistes. Le Québec les affronte tous à la fois, assailli par un capitalisme bien décidé à ne pas laisser une seule parcelle de ressource minérale à l'abri de la recherche du profit.
La bataille principale concerne l'exploration des gaz de schiste : elle est engagée depuis plus d'un an, et s'est épanouie en une forte mobilisation. Cela a conduit à un rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement recommandant la plus grande prudence. Mais le moratoire n'est pas encore acquis. Dans le golfe du Saint-Laurent, par ailleurs, l'inquiétude grandit à mesure que se multiplient les projets d'exploration de pétrole sous-marin.
La marée noire du golfe du Mexique, début 2010, a rappelé le désastre que peut provoquer le pétrole, d'autant plus préoccupant dans le Saint-Laurent que les eaux y sont froides, et que la décomposition des hydrocarbures s'y ferait très lentement. La Coalition Saint-Laurent s'est formée pour empêcher que le moratoire sur l'exploitation pétrolière, décidé en 1998, soit levé en 2012.
On a aussi appris, le 13 avril, que le gouvernement dirigé par Jean Charest soutenait la réouverture de la mine d'amiante situé dans la ville d'Asbestos. La fibre mortelle serait exportée en Inde. Les projets d'ouverture de mines d'uranium s'esquissent par ailleurs, certains avec la compagnie Areva. Le gouvernement veut de plus prolonger l'exploitation du réacteur nucléaire Gentilly II, qui applique la technologie Candu, particulièrement dangereuse. Le 9 mai, Jean Charest devait aussi annoncer une nouvelle mouture de son "Plan Nord", visant à développer l'exploitation minière, les barrages et les routes dans le nord de la province.
Sans doute observe-t-on sur toute la planète la même obstination maniaque à détruire l'environnement. Mais on ne connaît pas d'autres lieux où elle soit aussi concentrée qu'au Québec - dans une ambiance au demeurant délétère de corruption, de conflits d'intérêts et de financement du parti au pouvoir. Et pourtant, répètent ici écologistes et chercheurs, des alternatives existent, dans la sobriété, l'efficacité énergétique et un fort potentiel d'énergies nouvelles.
En fait, comme l'écrivent les activistes qui commenceront, le 15 mai à Rimouski, une marche de protestation à destination de Montréal, "un combat est engagé entre les énergies du passé et celles de l'avenir. Entre les fossiles et les vivants. Osons le dire : entre la vie et la mort".
(Le Monde, édition du 11 mai 2011)
jeudi 14 janvier 2010
...un texte qui dit tout sur la Perle des Antilles !
Voici un texte de Pierre Foglia, paru dans La Presse d'aujourd'hui. Des mots qui traduisent mieux que je ne l'aurais fait...
"Un pays sans chapeau!
Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince. Sauf en lisant Dany Laferrière. Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince, mais je suis allé plusieurs fois au Pays sans chapeau.
L'autre jour, quand Laferrière a gagné le prix Médicis avec L'énigme du retour, j'ai dit que c'était un très beau livre mais que son plus beau était ce Pays sans chapeau. «C'est ainsi qu'on appelle l'au-delà en Haïti parce que personne n'a jamais été enterré avec son chapeau.»
On se demande parfois à quoi sert la littérature. Moi, elle me sert à affronter la réalité. Quand Katrina a fait flotter tous ces cadavres dans les rues de La Nouvelle-Orléans, je suis retourné à Capote et à Tennessee Williams, les enfants du pays.
Au moment où Port-au-Prince commence à compter ses morts et à déblayer ses ruines, je me tourne vers Laferrière, vers la littérature, vers la fiction. Pas pour qu'elle me cache la réalité, au contraire. Pour qu'elle me la rende dans son essence. Vous allez me trouver obscène : pour qu'elle me la rende dans sa poésie. Cinquante mille morts? Cent mille morts? La poésie ne s'enfuit pas, elle est là, intimement mêlée à l'horreur, elle est là avec l'aube qui se lève...
La couleur un peu violette de l'aube donne une teinte assez étrange aux choses, mais c'est tout. Les mêmes crevasses vous obligent à faire attention en marchant pour ne pas tomber dans un trou d'eau verte. Le même chien jaune doit s'appuyer contre un mur pour japper à cause de son extrême maigreur. La même petite fille est en train de balayer la galerie de l'épicerie du coin.
Le soleil va taper dur, tout à l'heure, vous verrez.
A-t-on idée d'une pareille concentration de malheur? Act of God? Si j'étais chrétien, je m'emploierais à faire mettre cette expression à l'index. Aucun dieu n'oserait s'acharner ainsi...
A-t-on idée d'un pays toujours entre espoir et damnation, a-t-on idée d'un pays si assoiffé de bonheur?
Bon Dieu tellement connin ça li connin, li bail chien malingue deyè tête li pou li pas capab niché'l. (Dieu est tellement fin qu'il peut placer une blessure derrière la tête du chien s'il ne veut pas qu'il la lèche).
Ce n'est qu'un proverbe, Dany, tu sais bien. Dieu pas si fin, finalement. En tout cas bien impuissant, comme nous, à empêcher les séismes, ce qui nous le rend presque sympathique.
Bien sûr, Pétionville a ses pauvres, ses bidonvilles rugissants, ses marchés en plein air, mais c'est quand même là que se sont réfugiés tous les riches de ce pays. Dans certain quartiers on se dirait dans n'importe quelle banlieue cossue nord-américaine.
(...) La pluie s'est arrêtés juste à l'entrée de Pétionville, devant le magasin de meubles en acajou. La pluie reconnaît les frontières.
La pluie, peut-être. Apparemment pas les tremblements de terre. Pétionville a été durement touchée.
L'armée des zombis, finit par murmurer ma mère. Ils sont des dizaines de milliers. Les prêtres vaudou ont réveillé tous les morts qui dormaient du sommeil du juste. Partout... Au Borgne, à Port-Margot, Dondon, Jérémie, Cayes, Limonade, Petit-Trou, Baradères, Jean Rabel, Petit-Goâve, oui, Petit-Goâve aussi...
Une mangue tombe, presque aux pieds de ma mère. Elle ne cille même pas. Complètement ailleurs. Les gens sont morts, conclut-elle et on refuse de les laisser reposer en paix.
Comme si les tremblements de terre venaient seuls. Comme s'ils ne faisaient pas se fissurer aussi, en même temps que les murs de la ville, le mince vernis de civilisation qui recouvre le désespoir des laissés-pour-compte. Comme si la violence des secousses n'allait pas engendrer la violence de ceux-là qui avaient déjà tout perdu depuis longtemps, nus... Qu'est-ce que le ciel pouvait bien leur prendre de plus? Il leur a pris leurs enfants, leurs parents, leurs amis, leur bout de toit de tôle.
J'étais allé le voir dans ce petit appartement de Brooklyn. J'ai frappé à la porte.
- Qui est là?
- Ton fils, dis-je.
- Je n'ai pas d'enfants, tous mes enfants sont morts.
- C'est moi, papa, je suis venu te voir.
- Retourne d'où tu viens, tous mes enfants sont morts en Haïti.
- Mais je suis vivant papa.
- Non, il n'y a que des morts en Haïti, des morts ou des zombis.
Et maintenant quoi? La compassion. La bonté des gens. La solidarité. Aussi merveilleuse et noble soit-elle, la charité suffit-elle? Mettra-t-on autant de diligence, d'enthousiasme et de centaines de milliards à reconstruire Port-au-Prince qu'on en a mis à sauver les banques, l'industrie automobile?
Elle a toujours considéré son fils comme un prince. C'est ce qui m'a permis de survivre au début de mon séjour à Montréal, quand les autres ne voyaient en moi qu'un Nègre de plus. Quelqu'un dans une petite maison à Port-au-Prince a toujours pensé que j'étais un prince.
Combien sont-ils à Montréal en ce moment à se demander ce qu'il reste de cette petite maison où ils étaient un prince?
Il n'y a pas d'arbre dans ce pays, et il n'y a pas d'eau non plus. C'est un caillou au soleil. Nous sommes à la merci du soleil.
Regarde le ciel, dit-il. Des fois je passe la nuit à le regarder. On dirait un grand vide qui veut m'aspirer...
Les textes en italique sont tirés de Pays sans chapeau, de Dany Laferrière, publié chez Lanctôt Éditeur, 1996. "
Et moi j'ajoute: "Les Haïtiens sont un peuple courageux. Aidons-les, donnons leur les moyens de vivre à la hauteur de ce courage! Et que leur pays redevienne grâce à la solidarité, La perle des Antilles!
"Un pays sans chapeau!
Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince. Sauf en lisant Dany Laferrière. Je ne suis jamais allé à Port-au-Prince, mais je suis allé plusieurs fois au Pays sans chapeau.
L'autre jour, quand Laferrière a gagné le prix Médicis avec L'énigme du retour, j'ai dit que c'était un très beau livre mais que son plus beau était ce Pays sans chapeau. «C'est ainsi qu'on appelle l'au-delà en Haïti parce que personne n'a jamais été enterré avec son chapeau.»
On se demande parfois à quoi sert la littérature. Moi, elle me sert à affronter la réalité. Quand Katrina a fait flotter tous ces cadavres dans les rues de La Nouvelle-Orléans, je suis retourné à Capote et à Tennessee Williams, les enfants du pays.
Au moment où Port-au-Prince commence à compter ses morts et à déblayer ses ruines, je me tourne vers Laferrière, vers la littérature, vers la fiction. Pas pour qu'elle me cache la réalité, au contraire. Pour qu'elle me la rende dans son essence. Vous allez me trouver obscène : pour qu'elle me la rende dans sa poésie. Cinquante mille morts? Cent mille morts? La poésie ne s'enfuit pas, elle est là, intimement mêlée à l'horreur, elle est là avec l'aube qui se lève...
La couleur un peu violette de l'aube donne une teinte assez étrange aux choses, mais c'est tout. Les mêmes crevasses vous obligent à faire attention en marchant pour ne pas tomber dans un trou d'eau verte. Le même chien jaune doit s'appuyer contre un mur pour japper à cause de son extrême maigreur. La même petite fille est en train de balayer la galerie de l'épicerie du coin.
Le soleil va taper dur, tout à l'heure, vous verrez.
A-t-on idée d'une pareille concentration de malheur? Act of God? Si j'étais chrétien, je m'emploierais à faire mettre cette expression à l'index. Aucun dieu n'oserait s'acharner ainsi...
A-t-on idée d'un pays toujours entre espoir et damnation, a-t-on idée d'un pays si assoiffé de bonheur?
Bon Dieu tellement connin ça li connin, li bail chien malingue deyè tête li pou li pas capab niché'l. (Dieu est tellement fin qu'il peut placer une blessure derrière la tête du chien s'il ne veut pas qu'il la lèche).
Ce n'est qu'un proverbe, Dany, tu sais bien. Dieu pas si fin, finalement. En tout cas bien impuissant, comme nous, à empêcher les séismes, ce qui nous le rend presque sympathique.
Bien sûr, Pétionville a ses pauvres, ses bidonvilles rugissants, ses marchés en plein air, mais c'est quand même là que se sont réfugiés tous les riches de ce pays. Dans certain quartiers on se dirait dans n'importe quelle banlieue cossue nord-américaine.
(...) La pluie s'est arrêtés juste à l'entrée de Pétionville, devant le magasin de meubles en acajou. La pluie reconnaît les frontières.
La pluie, peut-être. Apparemment pas les tremblements de terre. Pétionville a été durement touchée.
L'armée des zombis, finit par murmurer ma mère. Ils sont des dizaines de milliers. Les prêtres vaudou ont réveillé tous les morts qui dormaient du sommeil du juste. Partout... Au Borgne, à Port-Margot, Dondon, Jérémie, Cayes, Limonade, Petit-Trou, Baradères, Jean Rabel, Petit-Goâve, oui, Petit-Goâve aussi...
Une mangue tombe, presque aux pieds de ma mère. Elle ne cille même pas. Complètement ailleurs. Les gens sont morts, conclut-elle et on refuse de les laisser reposer en paix.
Comme si les tremblements de terre venaient seuls. Comme s'ils ne faisaient pas se fissurer aussi, en même temps que les murs de la ville, le mince vernis de civilisation qui recouvre le désespoir des laissés-pour-compte. Comme si la violence des secousses n'allait pas engendrer la violence de ceux-là qui avaient déjà tout perdu depuis longtemps, nus... Qu'est-ce que le ciel pouvait bien leur prendre de plus? Il leur a pris leurs enfants, leurs parents, leurs amis, leur bout de toit de tôle.
J'étais allé le voir dans ce petit appartement de Brooklyn. J'ai frappé à la porte.
- Qui est là?
- Ton fils, dis-je.
- Je n'ai pas d'enfants, tous mes enfants sont morts.
- C'est moi, papa, je suis venu te voir.
- Retourne d'où tu viens, tous mes enfants sont morts en Haïti.
- Mais je suis vivant papa.
- Non, il n'y a que des morts en Haïti, des morts ou des zombis.
Et maintenant quoi? La compassion. La bonté des gens. La solidarité. Aussi merveilleuse et noble soit-elle, la charité suffit-elle? Mettra-t-on autant de diligence, d'enthousiasme et de centaines de milliards à reconstruire Port-au-Prince qu'on en a mis à sauver les banques, l'industrie automobile?
Elle a toujours considéré son fils comme un prince. C'est ce qui m'a permis de survivre au début de mon séjour à Montréal, quand les autres ne voyaient en moi qu'un Nègre de plus. Quelqu'un dans une petite maison à Port-au-Prince a toujours pensé que j'étais un prince.
Combien sont-ils à Montréal en ce moment à se demander ce qu'il reste de cette petite maison où ils étaient un prince?
Il n'y a pas d'arbre dans ce pays, et il n'y a pas d'eau non plus. C'est un caillou au soleil. Nous sommes à la merci du soleil.
Regarde le ciel, dit-il. Des fois je passe la nuit à le regarder. On dirait un grand vide qui veut m'aspirer...
Les textes en italique sont tirés de Pays sans chapeau, de Dany Laferrière, publié chez Lanctôt Éditeur, 1996. "
Et moi j'ajoute: "Les Haïtiens sont un peuple courageux. Aidons-les, donnons leur les moyens de vivre à la hauteur de ce courage! Et que leur pays redevienne grâce à la solidarité, La perle des Antilles!
jeudi 7 janvier 2010
...mon coeur balance!
Entre la beauté de l'hiver que nous vivons et l'inquiétude sourde quant à l'avenir de notre "belle boule bleue" et de ses habitants! Nos efforts citoyens sont me semble-t-il bien minuscules en comparaison des massacres à grande échelle des grandes sociétés! JL me dit toujours qu'une compagnie, "ça n'a pas de coeur"! À mon avis, ça n'a pas de tête non plus! Ça n'a que du fric et/ou le désir d'en faire encore plus!
Entre les prises de conscience et le manque d'énergie pour travailler à changer les choses. Tout ce que je peux changer, ce sont mes comportements! Il paraît que c'est déjà pas mal. Je demeure quand même insatisfaite!
***
Certains journalistes parlent des blogues avec un dédain surprenant chez des gens "d'écriture"! "C'est n'importe quoi!", "Des gens qui ne savent pas écrire", "Un étalage de bons sentiments et d'humeur!" Comme si l'écriture c'était leur privilège à eux, leur chasse gardée. Pourtant, ils sont peu nombreux ceux que je lis avec intérêt et gourmandise, parce qu'ils vont m'apprendre quelque chose ou encore, me faire rire!
Alors j'ai pensé dire bien haut combien j'apprécie lire ces femmes, ces hommes qui me font chaque jour une petite place dans leur vie. Vous m'intéressez, me stimulez, me faites rire parfois, me touchez souvent! Continuez je vous en prie. Je le ferai aussi.
***
À ma petite fille de 9 ans qui a reçu "une arche de Noé" pour Noël, je demandais si elle connaissait l'histoire de Noé. Réponse: "Oui. L'autre jour, j'ai vu l'histoire de Noé dans le film "Evan le Tout-puissant"!!! Disons, que je me suis empressée d'ajouter à ses connaissances en lui racontant l'histoire du Noé de la Bible!
***
J'inclus une photo de notre table de pique-nique. J'ai hâte de voir jusqu'où la neige s'amoncelera!
Bonne santé tout le monde. Amusez-vous bien! Et bien des bisous!
Entre les prises de conscience et le manque d'énergie pour travailler à changer les choses. Tout ce que je peux changer, ce sont mes comportements! Il paraît que c'est déjà pas mal. Je demeure quand même insatisfaite!
***
Certains journalistes parlent des blogues avec un dédain surprenant chez des gens "d'écriture"! "C'est n'importe quoi!", "Des gens qui ne savent pas écrire", "Un étalage de bons sentiments et d'humeur!" Comme si l'écriture c'était leur privilège à eux, leur chasse gardée. Pourtant, ils sont peu nombreux ceux que je lis avec intérêt et gourmandise, parce qu'ils vont m'apprendre quelque chose ou encore, me faire rire!
Alors j'ai pensé dire bien haut combien j'apprécie lire ces femmes, ces hommes qui me font chaque jour une petite place dans leur vie. Vous m'intéressez, me stimulez, me faites rire parfois, me touchez souvent! Continuez je vous en prie. Je le ferai aussi.
***
À ma petite fille de 9 ans qui a reçu "une arche de Noé" pour Noël, je demandais si elle connaissait l'histoire de Noé. Réponse: "Oui. L'autre jour, j'ai vu l'histoire de Noé dans le film "Evan le Tout-puissant"!!! Disons, que je me suis empressée d'ajouter à ses connaissances en lui racontant l'histoire du Noé de la Bible!
***
J'inclus une photo de notre table de pique-nique. J'ai hâte de voir jusqu'où la neige s'amoncelera!
Bonne santé tout le monde. Amusez-vous bien! Et bien des bisous!
mardi 23 juin 2009
...Pierre Foglia fait réfléchir...
Je lis ce texte de Foglia dans La Presse d'aujourd'hui. Je partage son questionnement, plus par curiosité que par inquiétude! De quoi sera fait le monde de demain?
Je viens de la typographie, on le sait. En ce temps-là - il y quelque 50 ans - tout ce qui s'imprimait, journaux, livres, affiches, cartes de visites, registres de banque, était composé à la main ou mécaniquement, mais composé de caractères qui avaient une existence réelle en trois dimensions. Le E, le A, la virgule, même l'espace entre les mots, avaient un corps, un relief, un poids, une odeur (de plomb), même une chaleur quand ils venaient de tomber des moules des linos ou des monotypes.
Il s'est passé cinq siècles entre Gutenberg et l'apparition de la photocomposition qui devait apporter plus de changement en 15 ans que ces cinq siècles.
J'ai acheté mon premier ordi dans les petites annonces de La Presse, un PowerBook 100 presque neuf. On ne parlait pas encore du web qui n'existait pas. On parlait, grosso modo, d'une formidable machine à écrire avec une mémoire. J'ai passé des journées hallucinées à en explorer les incroyables options techniques, comme typographe j'étais sidéré, j'appelais ma fiancée toutes les cinq minutes: viens voir! D'un clic je grossissais le corps du texte, le rapetissais, faisais apparaître des soulignés, des italiques, des gras, des lettrines pour enjoliver, je m'amusais même à faire surgir des tildes espagnols. Ben quoi? disait-elle.
Laisse-moi te raconter: la dernière très grande imprimerie où j'ai travaillé, un immeuble de la rue Saint-Benoît à Paris (il y a un hôtel à cet endroit aujourd'hui), comprenait trois étages, des milliers de casses pleines de caractères en plomb, une vingtaine de linotypes, plus de 80 typographes s'activaient jour et nuit dans cette imprimerie... Eh bien, dans ce petit ordi de seconde main que je viens d'acheter, dans cette plate galette de bakélite de onze pouces sur huit et demi de large, dans cette boîte à peine plus grande qu'un livre, entre, ENTRE! toute l'imprimerie de la rue Saint-Benoit, ses trois étages, ses 80 typographes, ses milliards de caractères.
Je suis devenu journaliste pour cela, parce que l'imprimerie où je travaillais, en entrant toute entière dans mon petit ordinateur avait fait disparaître, jusqu'à son souvenir, mon métier, la typographie.
Dois-je comprendre de la crise qui frappe les grands quotidiens ici comme en Europe, comme aux États-Unis, dois-je comprendre que c'est maintenant la salle de rédaction et le journal tout entier qu'on essaie de faire entrer dans mon ordi?
L'autre jour, un lecteur, amateur de vélo, me prenait à partie parce qu'il ne trouvait pas dans la page des résultats sportifs de mon journal le classement d'une étape du Tour d'Italie. Je me suis surpris à lui répondre: fais donc comme moi, va sur le Net; les résultats tombent en temps réels, tu peux même voir les coureurs quand ils franchissent la ligne. Cela m'a fait réaliser que je ne lis plus, depuis belle lurette, les résultats sportifs dans mon journal. C'était pourtant la première page à laquelle j'allais jadis, mon premier souci: qui a gagné, qui a perdu, est-ce que le Canadien joue ce soir et contre qui. J'imagine que d'autres font la même chose pour les cotes de la bourse.
Inquiet? Vous voulez dire inquiet de ce que La Presse pourrait disparaître? Je n'y crois pas. Mais d'un autre côté, quand je travaillais dans cette imprimerie de trois étages de la rue Saint-Benoît, si quelqu'un m'avait dit qu'elle tiendrait un jour tout entière dans une petite boîte de bakélite, j'aurais crié au fou.
Inquiet? On sera fixé dans quelques mois. En attendant, mettons les choses au mieux. Ce n'est pas forcément rêver d'envisager le mieux: on a vu survenir récemment, à La Presse, des ententes majeures que je n'imaginais pas possibles au départ. Mettons donc les choses au mieux.
Il me restera toujours une inquiétude, philosophique celle-là, qui ne porte pas sur l'avenir des journaux, ni sur l'avenir de l'information; elle porte, cette inquiétude, je sens que vous allez me trouver futile, sur l'avenir non pas du texte, mais de la lecture.
Qui va savoir encore lire dans 50 ans?
Je le sens à travers cette chronique depuis quelques années déjà: vous ne lisez plus qu'utile. Quand je vous donne à penser - n'exagérons rien: quand j'avance une opinion, quand je commente l'actualité, bref quand j'écris utile de votre point de vue -, vous êtes là, nombreux à réagir. Mais que je vous donne seulement à lire, et vous voilà aussitôt circonspects. Que je vous donne un texte et vous êtes là à le retourner comme un objet tombé de la lune...
Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur (1) mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu'il a de «pratique» pour communiquer.
Bouclons la boucle. J'avais 14 ans et demi, pensionnaire dans ce centre d'apprentissage où j'apprenais la typographie. La nuit parfois, j'allais lire dans les toilettes; un pion me débusquait, confisquait mon livre; j'avais rendez-vous le lendemain chez le proviseur qui lisait le titre en détachant exagérément les mots: Le voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Vous êtes fier de vous?
Je l'étais. Mon «premier» texte. Depuis que je savais lire, je n'avais cessé de lire des histoires et encore des histoires avec cette hâte de tourner la page pour arriver au chapitre suivant. Avec ce livre là, ma lecture ne me portait plus en avant: je prenais plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il racontait, je venais de découvrir que le langage ne servait pas qu'à dire, mais à jouir aussi, je venais de découvrir que le texte est d'abord textures.
Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre, ni du papier. Pas inquiet une seconde de la disparition du texte, même si je reste surpris de l'énigmatique survivance de l'écrit jusqu'ici.
Inquiet, oui. Qu'il n'y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web.
(1) à lire absolument si ce n'est déjà fait : Is Google Making Us Stupid?, un article de la revue américaine The Atlantic, numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.
Je viens de la typographie, on le sait. En ce temps-là - il y quelque 50 ans - tout ce qui s'imprimait, journaux, livres, affiches, cartes de visites, registres de banque, était composé à la main ou mécaniquement, mais composé de caractères qui avaient une existence réelle en trois dimensions. Le E, le A, la virgule, même l'espace entre les mots, avaient un corps, un relief, un poids, une odeur (de plomb), même une chaleur quand ils venaient de tomber des moules des linos ou des monotypes.
Il s'est passé cinq siècles entre Gutenberg et l'apparition de la photocomposition qui devait apporter plus de changement en 15 ans que ces cinq siècles.
J'ai acheté mon premier ordi dans les petites annonces de La Presse, un PowerBook 100 presque neuf. On ne parlait pas encore du web qui n'existait pas. On parlait, grosso modo, d'une formidable machine à écrire avec une mémoire. J'ai passé des journées hallucinées à en explorer les incroyables options techniques, comme typographe j'étais sidéré, j'appelais ma fiancée toutes les cinq minutes: viens voir! D'un clic je grossissais le corps du texte, le rapetissais, faisais apparaître des soulignés, des italiques, des gras, des lettrines pour enjoliver, je m'amusais même à faire surgir des tildes espagnols. Ben quoi? disait-elle.
Laisse-moi te raconter: la dernière très grande imprimerie où j'ai travaillé, un immeuble de la rue Saint-Benoît à Paris (il y a un hôtel à cet endroit aujourd'hui), comprenait trois étages, des milliers de casses pleines de caractères en plomb, une vingtaine de linotypes, plus de 80 typographes s'activaient jour et nuit dans cette imprimerie... Eh bien, dans ce petit ordi de seconde main que je viens d'acheter, dans cette plate galette de bakélite de onze pouces sur huit et demi de large, dans cette boîte à peine plus grande qu'un livre, entre, ENTRE! toute l'imprimerie de la rue Saint-Benoit, ses trois étages, ses 80 typographes, ses milliards de caractères.
Je suis devenu journaliste pour cela, parce que l'imprimerie où je travaillais, en entrant toute entière dans mon petit ordinateur avait fait disparaître, jusqu'à son souvenir, mon métier, la typographie.
Dois-je comprendre de la crise qui frappe les grands quotidiens ici comme en Europe, comme aux États-Unis, dois-je comprendre que c'est maintenant la salle de rédaction et le journal tout entier qu'on essaie de faire entrer dans mon ordi?
L'autre jour, un lecteur, amateur de vélo, me prenait à partie parce qu'il ne trouvait pas dans la page des résultats sportifs de mon journal le classement d'une étape du Tour d'Italie. Je me suis surpris à lui répondre: fais donc comme moi, va sur le Net; les résultats tombent en temps réels, tu peux même voir les coureurs quand ils franchissent la ligne. Cela m'a fait réaliser que je ne lis plus, depuis belle lurette, les résultats sportifs dans mon journal. C'était pourtant la première page à laquelle j'allais jadis, mon premier souci: qui a gagné, qui a perdu, est-ce que le Canadien joue ce soir et contre qui. J'imagine que d'autres font la même chose pour les cotes de la bourse.
Inquiet? Vous voulez dire inquiet de ce que La Presse pourrait disparaître? Je n'y crois pas. Mais d'un autre côté, quand je travaillais dans cette imprimerie de trois étages de la rue Saint-Benoît, si quelqu'un m'avait dit qu'elle tiendrait un jour tout entière dans une petite boîte de bakélite, j'aurais crié au fou.
Inquiet? On sera fixé dans quelques mois. En attendant, mettons les choses au mieux. Ce n'est pas forcément rêver d'envisager le mieux: on a vu survenir récemment, à La Presse, des ententes majeures que je n'imaginais pas possibles au départ. Mettons donc les choses au mieux.
Il me restera toujours une inquiétude, philosophique celle-là, qui ne porte pas sur l'avenir des journaux, ni sur l'avenir de l'information; elle porte, cette inquiétude, je sens que vous allez me trouver futile, sur l'avenir non pas du texte, mais de la lecture.
Qui va savoir encore lire dans 50 ans?
Je le sens à travers cette chronique depuis quelques années déjà: vous ne lisez plus qu'utile. Quand je vous donne à penser - n'exagérons rien: quand j'avance une opinion, quand je commente l'actualité, bref quand j'écris utile de votre point de vue -, vous êtes là, nombreux à réagir. Mais que je vous donne seulement à lire, et vous voilà aussitôt circonspects. Que je vous donne un texte et vous êtes là à le retourner comme un objet tombé de la lune...
Le web est en train d'emporter ce qu'il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur (1) mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu'il a de «pratique» pour communiquer.
Bouclons la boucle. J'avais 14 ans et demi, pensionnaire dans ce centre d'apprentissage où j'apprenais la typographie. La nuit parfois, j'allais lire dans les toilettes; un pion me débusquait, confisquait mon livre; j'avais rendez-vous le lendemain chez le proviseur qui lisait le titre en détachant exagérément les mots: Le voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline. Vous êtes fier de vous?
Je l'étais. Mon «premier» texte. Depuis que je savais lire, je n'avais cessé de lire des histoires et encore des histoires avec cette hâte de tourner la page pour arriver au chapitre suivant. Avec ce livre là, ma lecture ne me portait plus en avant: je prenais plaisir au texte beaucoup plus qu'à l'histoire qu'il racontait, je venais de découvrir que le langage ne servait pas qu'à dire, mais à jouir aussi, je venais de découvrir que le texte est d'abord textures.
Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre, ni du papier. Pas inquiet une seconde de la disparition du texte, même si je reste surpris de l'énigmatique survivance de l'écrit jusqu'ici.
Inquiet, oui. Qu'il n'y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web.
(1) à lire absolument si ce n'est déjà fait : Is Google Making Us Stupid?, un article de la revue américaine The Atlantic, numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.
vendredi 29 août 2008
...y a d'la houle!
Depuis hier après-midi, les événements me surprennent, me brassent.
D'abord, la mort du journaliste Michel Vastel. Son intelligence, sa manière limpide d'exposer son opinion, sa finesse de raisonnement me manqueront. J'ai justement lu cette semaine sa dernière chronique dans l'Actualité. Début de la soixantaine, cancer de la gorge! Merci et adieu M. Vastel!
En soirée, j'ai écouté le discours "présidentiel" de Barack Obama devant plus de 80 000 partisans réunis dans un stade de Denver, Colorado. Tout à fait à la hauteur, et même plus. J'espère seulement qu'entre lui et McCain, les Américains n'hésiteront pas... et que le président Obama aura les coudées franches et demeurera qui il est. Longue vie aussi M. Obama, car les rêves brisés de la fin des années 60 nous hantent encore! Ce discours était un des grands moments de l'histoire du 21e siècle. Un discours solide, argumenté, qui portait l'espoir, la foi en une vision commune tournée vers le partage et l'entraide.
Pour la première fois depuis des années, je suis allée magasiner hier en fin de journée. Un ensemble sport chic et des souliers qui m'ont, il me semble, coûté les yeux de la tête! Mon pragmatique amoureux m'a répondu que réparti sur le nombre d'années où je n'avais pas magasiné + celles où je les porterai, le coût d'achat en devenait plus que raisonnable. Il a raison...mais je ne suis pas habituée à ce genre de choses pourtant nécessaires! Heureusement, j'ai découvert une super boutique et une excellente et intelligente vendeuse!
Il reste à espérer que JL retrouve la forme et que nous puissions célébrer sans anicroche notre 25e anniversaire de mariage.
La vie c'est cela: parfois du temps calme, parfois de la houle, ... et une tempête de temps à autre! Le moins souvent possible la tempête!
D'abord, la mort du journaliste Michel Vastel. Son intelligence, sa manière limpide d'exposer son opinion, sa finesse de raisonnement me manqueront. J'ai justement lu cette semaine sa dernière chronique dans l'Actualité. Début de la soixantaine, cancer de la gorge! Merci et adieu M. Vastel!
En soirée, j'ai écouté le discours "présidentiel" de Barack Obama devant plus de 80 000 partisans réunis dans un stade de Denver, Colorado. Tout à fait à la hauteur, et même plus. J'espère seulement qu'entre lui et McCain, les Américains n'hésiteront pas... et que le président Obama aura les coudées franches et demeurera qui il est. Longue vie aussi M. Obama, car les rêves brisés de la fin des années 60 nous hantent encore! Ce discours était un des grands moments de l'histoire du 21e siècle. Un discours solide, argumenté, qui portait l'espoir, la foi en une vision commune tournée vers le partage et l'entraide.
Pour la première fois depuis des années, je suis allée magasiner hier en fin de journée. Un ensemble sport chic et des souliers qui m'ont, il me semble, coûté les yeux de la tête! Mon pragmatique amoureux m'a répondu que réparti sur le nombre d'années où je n'avais pas magasiné + celles où je les porterai, le coût d'achat en devenait plus que raisonnable. Il a raison...mais je ne suis pas habituée à ce genre de choses pourtant nécessaires! Heureusement, j'ai découvert une super boutique et une excellente et intelligente vendeuse!
Il reste à espérer que JL retrouve la forme et que nous puissions célébrer sans anicroche notre 25e anniversaire de mariage.
La vie c'est cela: parfois du temps calme, parfois de la houle, ... et une tempête de temps à autre! Le moins souvent possible la tempête!
S'abonner à :
Messages (Atom)