mardi 22 novembre 2011

...une question!

L'arrogance et l'ignorance vont-elles de pair?

Je me suis replongée dans "L'univers fantastique des mythes" avec un bonheur intact. J'avais acheté ce livre en 1978, il m'a toujours suivie.
Les anciennes civilisations, leurs croyances, leurs mythes, leurs cultures, me fascinent depuis toujours. J'ai grand besoin de me relier à toute cette histoire de l'humanité.  Besoin de connaître différentes manières de voir les choses, de faire du sens!

Avec "la science", avec "les technologies de plus en plus poussées", vient une tentation de supériorité à laquelle nous semblons avoir succombé.  On dirait que le monde commence avec nous!  Qu'avant nous était le "minus habens".
On peut pardonner cette attitude aux adolescents, pas à leurs aînés.
On reproche à nos jeunes de ne pas connaître l'Histoire, fut-elle récente, mais que leur enseignons-nous?
Les rares manuels d'histoire qui me sont passés dans les mains, étaient bien reliés, bien imagés, mais d'une platitude qui m'a fait compatir avec les ados du secondaire.

Je crois bien que oui, l'ignorance et l'arrogance vont de pair!

9 commentaires:

Zoreilles a dit...

L'ignorance mène à n'importe quoi, à l'arrogance, au manque de respect, même au racisme dans les pires cas.

Mais la connaissance n'est pas la solution à tout non plus, si elle ne trouve pas sa niche en terrain fertile : la sensibilité et la nuance.

Nous ne tirons pas partie de l'Histoire et c'est dommage. Nous devrions d'abord la connaître pour la transmettre avec fierté mais avec réalisme aussi, pour qu'on ne reproduise pas les mêmes erreurs mais qu'on s'ancre solidement sur nos réussites et nos meilleurs coups.

Marico a dit...

Tout à fait d'accord.
Je suis une passionnée d'histoire, en général et en particulier, de la "supposée" grande histoire à la bien quotidienne histoire de tous et chacun.
À une époque, ça n'allait pas du tout dans ma vie. J'avais 29 ans. On m'avait incitée à douter de ma santé mentale. J'ai donc consulté un pro, un psychiatre intéressé à la psychanalyse. Après quelques rencontres, il m'a rassuré, puis conseillé de lire l'histoire des Pharaons, de l'empereur Hadrien, etc., m'a dit que le monde était bien plus vaste que ce qu'on m'avait enseigné. C'est avec ça que tout a commencé! Ça ne s'est jamais arrêté par la suite.
Vive l'ouverture - du coeur, de l'esprit, de toutes les intelligences dont on dispose!
PS. Je trippe à chaque fois que j'aperçois ta binette ou celle de ta fille dans les annonces de la RadioCan sur Kassandra.

Accent Grave a dit...

J'abonde dans le sens de Zoreilles, à 100%.

Mais, peut-être y a-t-il plus? Je me pose la question. Il y a l'enseigement et il y a le désir d'apprendre. Il y a la lecture mais il y a aussi le désir de lire.

Il y a aussi le droit de ne pas s'intéresser au passé, à l'histoire. Je me demande parfois qui a raison, chacun a sûrement raison.

Je me sens hors normes quand je rencontre l'entourage de mes enfants, entourage qui est, je le pense, assez représentatif de ce qui se passe à Montréal, donc qui s'étendra ailleurs, je le crains.

Je sens chez beaucoup de jeunes instruits un détachement face à nos combats passés, nos combats que je n'estime pas inutiles mais que j'estime perdus. Perdus pour moi, pour d'autres aussi mais pas pour tous, pas aux yeux de plusieurs jeunes.

Je ne peux que rester béat quand on me dit que nos luttes passées étaient caractérisées par une fermeture d'esprit face aux autres. Qui étaient ces "autres"?, que je demande. Les anglos, les étrangers, le monde extérieur au Québec.

Je réplique toujours la même chose, si les cultures étrangères sont importantes au point qu'il faille s'oublier soi-même, ça ne fait pas de sens. Pourquoi notre propre culture, notre propre désir de nous gouverner, de décider pour nous mêmes devrait-il ne rien valoir alors que tout ce qui vient de l'extérieur devrait prioriser le reste? Pourquoi accorder de l'importance à la culture étrangère si on n'accorde pas d'importance à la nôtre?

J'ajoute que pour s'ouvrir au monde extérieur, il est essentiel de se reconnaître soi-même. Ça me semble logique mais on ne considère pas ces propos, on y voit une fermeture d'esprit.

Peut-être que chaque génération doit passer par une période "colonisante" pour comnprendre. J'ajoute, là, il s'agit "d'auto-colonisation", "d'auto-destruction". En tenant compte de notre passé, il me semble qu'on éviterait cette "auto-réduction".

Je me trompe peut-être. Pour tant de gens, le passé ne compte pas, le passé n'existe plus.

Voilà peut-être pourquoi l'huanité tourne en rond.

Accent Grave

Zoreilles a dit...

Eh que vous me donnez le goût de poursuivre cette discussion vous autres...

Je vous cite, Accent Grave : « Je sens chez beaucoup de jeunes instruits un détachement face à nos combats passés, nos combats que je n'estime pas inutiles mais que j'estime perdus.»

Ce détachement, justement, c'est le résultat désolant de cette histoire et de ces repères qu'on n'a pas su (dans bien des cas) leur faire vivre, leur transmettre, leur faire aimer, leur enseigner, leur proposer sous des formats attrayants et ludiques comme le cinéma, la télé, le web, la musique, etc.

Dans notre génération, il faut le reconnaître sans s'auto-flageller mais soyons réaliste, la plupart des parents que nous sommes avons bien plus souvent offert des jeux vidéos à nos enfants que la collection des livres des éditions de la Courte Échelle, n'est-ce pas? Avouons que nous avons nous-mêmes tout fait pour nous libérer de toutes les contraintes du passé et de nos traditions en les rejetant avec fougue, en garrochant le bébé avec l'eau du bain... On l'a voulu et on l'a eu, on a fait place nette, vous savez!

Pendant tous ces étés-là, j'ai vu des files interminables en passant à côté des glissades d'eau mais on entrait dans les musées comme dans un moulin, on fuyait les villages pour aller se perdre en ville parce que le courant allait dans ce sens-là. On consommait allègrement, on ne recyclait rien du tout, le passé n'avait pas de valeur pour nous, on snobait ça, on se bouchait le nez, au sens propre comme au figuré, on voulait évoluer à la vitesse grand V, on allait vers l'avenir, vers le monde. Nos enfants ont retenu la leçon. Pas dans ce qu'on a dit, mais dans ce qu'on a fait de nos vies, de nos jobs, de nos institutions, de nos choix.

On les a privés de tous leurs repères...

Comment construiront-ils une société meilleure s'ils n'ont pas de base solide et qu'ils nous accusent de manquer d'ouverture? Je trouve leurs reproches totalement injustes et injustifiés à notre égard.

Ça me peine plus que ça me choque.

Dans mon entourage, heureusement, les jeunes ne tiennent pas ce discours-là, au contraire, ils sont attirés et fascinés par cette quête, toujours aussi vive même si improbable, que nous avons gardée intacte et qui leur donne maintenant un sens, ils en cherchent tellement du sens... à condition qu'on puisse actualiser nos valeurs enracinées d'alors dans l'aujourd'hui. Et ils sont prêts à poursuivre nos idéaux avec les moyens qu'ils ont, le génie qu'ils savent déployer, la créativité qui est la leur, etc. Ceux-là ne sont peut-être pas représentatifs de leur génération mais ils feront leur place. À la largeur de leurs épaules. Pendant que leurs contemporains s'éparpilleront dans le grand néant que sera la planète quand ils n'auront plus de chez soi, ni géographiquement, ni culturellement, ni autrement.

Leurs idées qui manquent d'idéaux enracinés seront encore plus éphémères que tout ce qui existait avant eux... et qui leur est étranger. D'ailleurs, ils sont déjà des étrangers... dans leur propre pays.

Zoreilles a dit...

Marico, je voulais te dire...

Ton attachement à la websérie Kassandra me touche énormément. Dès le début, tu l'as aimée passionnément... et comprise!

Tu vois, cette création d'un petit groupe de jeunes est un bel exemple de ce que je voulais exprimer plus haut... Sans aucun moyen financier, avec de la jarnigoine et de l'huile de bras, ils ont réussi à produire quelque chose qui a été vu par pas mal de monde au Québec et qui dénonçait, sous le couvert de l'humour et de la fantaisie, des comportements et des attitudes qu'on reproche beaucoup aux jeunes de cette génération. Kassandra est le pur produit de son époque! Caricaturé bien sûr mais la base est là.

À ce chapitre, la Kassandra, elle atteint l'objectif en Simonac. On veut tu lui ressembler, tu penses? Non mais on en connaît qui lui ressemblent!

Et elle finit par passer son stage? Avec la note A? Parce que son père est directeur de l'école (ce qu'on apprend au dernier épisode) et qu'il ne veut pas que s'arrête après 4 générations la transmission du gène « éducation »? Ça devrait réveiller le monde, ça, parce qu'on sait bien que ça se peut dans la vraie vie...

Comme scénariste, oui, Isabelle a fait de l'excellent boulot. Pour le jouer aussi, ce personnage, et elle est bien consciente qu'elle a créé un monstre! Dominic à la réalisation, on ne pouvait trouver mieux. Et tous ces amis qui se sont impliqués bénévolement pour jouer tous les rôles et donner vie à cette série...

C'était un beau projet, j'ai été honorée moi aussi d'y jouer un tout petit rôle de rien du tout qui a l'air d'avoir été marquant, en tout cas pour le directeur de la programmation de Radio-Can. puisqu'il a choisi mon air de beu dans les extraits qui passaient tout le temps sur R-C, RDI, ARTV, etc. On m'en parle tellement que je suis rendue gênée mais ça ne m'empêche pas d'être fière... pour tous ces jeunes, dont mes « infants »!!!

P.S.: La première fois que j'ai vu les épisodes où j'apparais, j'ai été sous le choc. Depuis, j'ai perdu 27 livres. Cette websérie aura été très bonne pour ma santé finalement!

Marico a dit...

Accent Grave et Zoreilles:
Oh que vous me secouez la puce réflexive vous deux! Je viens de vous lire attentivement et... précieusement!
Accent Grave, depuis hier, je pense à ta réflexion, laquelle m'a plongé moi-même dans une réflexion pas encore terminée.
Et Zoreilles, tu en remets avec ta fougue habituelle (que j'aime tant).
Je vous reviens sous peu... en espérant savoir un peu mieux où j'en suis vraiment.

Accent Grave a dit...

Il me semble que nous serions bien, autour dune petite table, n’importe où dans le Monde. Entre les échanges, faudrait prendre quelques gorgées, pour décanter les idées, pour placer les mots dans le bon ordre, éliminer ceux qui sont inutiles, pour entrecouper nos réflexions de quelques rires pas compliqués et pour éviter de faire de ces échanges des combats comme on en voit trop.

Zoreilles, peut-être que notre salut tient à ce qu’on retrouve en région. Il y a des jeunes extraordinaires partout, mais en région… c’est différent, le terroir est favorable au développement des rêves. S’il y a un peu moins de bébelles, il y a plus de temps pour penser, y’a un p’tit vent frais capable de dépoussiérer les cerveaux.

Il me semble avoir fait pas mal de choses pour transmettre à mes enfants l’importance du passé, des luttes engagées, du respect de ce qui distingue un peuple d'un autre. Mais, après l’âge de douze ou treize ans, ils prennent leurs repères ailleurs. Ce qui était ailleurs ne ressemblait plus tellement à ce qu’ils avaient autour d’eux lors de leur enfance. Je suis peut-être sur la mauvaise voie. Après la défaite des Patriotes, il s’est écoulé plus d’un siècle avant que l’on ressente le besoin de se battre au nom de notre identité et d’autres valeurs du même genre.

Ceux qui nous suivent se demandent peut-être d’où vient cette obsession face à l’identité culturelle. Eux n’ont pas connu l’humiliation d’être traités en colonisés, dans le monde du travail et ailleurs. Dans quelques décennies les choses seront peut-être différentes. J’ai toujours cru que l’homme avait besoin de s’identifier à un ensemble proche, qu’il avait besoin de se distinguer des autres peuples. Aujourd’hui, on dirait que tout doit devenir universellement pareil, semblable à ce que les plus forts décident.

En fin de semaine, j’ai participé à l’organisation d’un concert au profit d’un ami affublé d’un cancer qui l’a mis sur la paille. Des musiciens et chanteurs fort connus ont su divertir l’audience de façon professionnelle, les gens présents se sont tous montrés enchantés. Je me demande si je suis le seul à avoir remarqué que le groupe n’avait pas chanté une seule chanson en français. Pourtant, les musiciens, les chanteurs et chanteuses ainsi que la foule étaient francophones! À croire qu’un succès musical québécois n’est pas un vrai succès. Un vrai succès doit venir d’ailleurs. Je ne me suis pas plaint de la chose de crainte qu’on me dise : « en effet, ils auraient pu chanter quelques chansons en français ». J’aurais dit : pourquoi « quelques chansons »? C’est un retour en arrière.

Accent Grave

Marico a dit...

Cher Accent Grave,
Pas d'accord du tout (en fait, j'ai fait un bond en lisant) avec tes interlocuteurs qui disent que "nos luttes passées étaient caractérisées par une fermeture d'esprit face aux autres". Ça n'a rien à voir avec la réalité. Nos luttes ont coincidé avec des changements sociaux profonds, aussi l'Expo 67 (entre autre), une ouverture au monde et une explosion culturelle sans pareille au Québec. Évidemment, ils ne connaissent peu ou pas cette histoire...ou encore, je me permets d'être un peu cinglante: peut-être le jugement qu'ils portent sur notre génération reflète-t-il leur propre attitude. Nous avons vécu une ouverture comme peu de pays en ont vécu! Parler sa langue, être fier de sa culture, de soi, se construire et construire un pays, une société depuis quand est-ce se fermer aux autres? Notre génération a jeté la religion (le bébé) avec l'eau du bain. Eux, ils plongent tout entiers dans le drain avec cette même eau! De quelle culture se réclameront-ils? De celle des boutiques? De celle des gadgets électro? De celles des gros shows?
T'en fais pas, ils en reviendront! Mais nous ne serons probablement plus là, occupés ailleurs à autre chose!
Ce qui me console ce sont ces jeunes que l'on côtoie qui croient, qui agissent, dont la justesse des interventions me réjouit tout à fait.
De grands changements se préparent et ceux-là pourront faire face...
Nous n'avons pas perdu notre temps. Surtout demeurer nous-mêmes et continuer de croire.
Tu m'as fait rêver avec ta petite table et nous autour! Il y aurait la Montérégie, l'Estrie, l'Abitibi, la Gaspésie, la Côte-Nord,etc... et du vin au soleil!
À plus.

Accent Grave a dit...

Moi non je ne suis pas d'accord avec ceux qui associent le désir de protéger sa langue et sa culture avec une fermeture d'esprit.

Dans le passé, il s'agissait d'une fausse affirmation visant à combattre l'idée d'imposer notre langue sur notre territoire.

Aujourd'hui cependant, pour ceux qui n'ont pas vécu ces combats, pour ceux qui ignorent à peu près tout de notre passé, protéger notre langue et notre culture constitue à leurs yeux du conservatisme, un repli sur soi-même.

Ni vous ni moi ne sommes dupes, nous savons qu'il s'agit plutôt de démontrer l'importance qu'ont LES cultures dans notre monde et cela devrait être tellement évident sauf qu'il faut constater à quel point tant de gens sont ignorants du passé, comme si rien ne s'était passé.

Ignorance et arrogance? Je dirais ignorance et insignifiance, ignorance et bêtise, ignorance et esclavage.

Accent Grave